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Le Rail n°157. Juin 2009  

Des trains qui gagnent du temps sur le temps

Avec six mois d’avance sur le calendrier prévu, les trains de banlieue à 225 km/h ont commencé à circuler le 29 juin sur la ligne à grande vitesse Londres St Pancras- Ebbsfleet-Ashford. Les journalistes et les acteurs du dossier ont eu le privilège de faire le voyage en avant-première le 18 juin, dans ce qui était la première circulation avec voyageurs d’une rame à grande vitesse Class 395.

Sur les 29 rames de cette série commandées à Hitachi par l’exploitant Southeastern (filiale commune de Go-Ahead et Keolis), 18 ont été livrées et les 11 dernières ont été expédiées du Japon par bateau le 13 juin. Elles doivent arriver en Angleterre courant août.

L’ouverture du service commercial est un moment décisif pour Hitachi et pour Southeastern, même si le service (baptisé “aperçu”) ne prendra son aspect définitif qu’en décembre. Dans un premier temps, la circulation est limitée aux jours ouvrables, avec une navette Londres- Ebbsfleet toutes les demi-heures de 7 à 19 heures environ, sauf entre 11 et 13 heures (qui correspond encore au “blanc-travaux” sur la ligne à grande vitesse). Trois trains sont amorcés à Ashford le matin, trois trains y retournent en fin de service, ce qui permet accessoirement aux Class 395 de rentrer au dépôt. Hitachi assure en effet la maintenance des trains à Ashford dans un bâtiment construit pour l’occasion. Il faut 17 minutes de Londres à Ebbsfleet, 37 minutes jusqu’à Ashford.

Pour Hitachi, cette étape confirme la qualité de ses rames – il fallait qu’elles totalisent au moins 6 440 km sans incident pour être autorisées au service commercial – et lui permet d’envisager sereinement la conquête d’autres marchés en Europe. De son côté, Southeastern se positionne comme un acteur de poids parmi les franchises britanniques, la seule à être réellement confrontée au quotidien aux exigences de la très grande vitesse. Et le groupe SNCF concrétise, via une filiale et sur le sol anglais, ce qu’il a bien du mal à mettre en place “à domicile” lorsqu’il n’est pas aiguillonné par une collectivité locale : une vraie desserte régionale à grande vitesse, avec du matériel et des tarifs adaptés et une fréquence convenable. Avec 6 A/R Lille-Boulogne seulement et malgré ses dix ans d’ancienneté, le “TER GV” du Nord-Pas de Calais paraît largement surclassé…

Côté tarifs, sujet sur lequel Southeastern était attendu au tournant, il faudra bien sûr s’acquitter d’un supplément pour voyager à 225 km/h. Ebbsfleet-Londres coûtera ainsi 14,40 €, soit 3,65 € de plus qu’en train “classique”. Mais on peut aussi acheter ce supplément “à l’unité” en complément d’un billet normal. Pour les abonnés à la semaine, le “complément” est vendu 25,10 €. Un prix en rapport avec le temps économisé. le service “SouthEastern Highspeed” (son nom commercial définitif) permettra, en effet, de gagner quelque 50 minutes sur les trajets entre Londres et Ashford et au-delà vers les villes côtières du Kent. Sur les sections parcourues sur les lignes classiques, cependant, les trains “SouthEastern Highspeed” seront accessibles aux mêmes conditions que les autres. Reste à vérifier le moment venu que le surcoût sera acceptable en période de morosité économique. une bonne partie de la clientèle sur ces axes est constituée de cols blancs travaillant à la City, plus susceptibles d’être mis au chômage que de recevoir une augmentation d’ici la fin de l’année.

(suite dans le magazine)