Rarement un train nord-américain
aura autant fait parler de lui. Celui
qui a emmené le 44e Président des
Etats-Unis de Philadelphie à Washington,
samedi 17 janvier, restera
certainement l’un des symboles forts
de cette nouvelle présidence qui vient de
débuter. Un train familièrement surnommé
Georgia 300 car il avait, en son
temps, été racheté par la Georgia Railraod
et rebaptisé Office Car 300. Appartenant
à John H. Heard, un milliardaire
généralement basé en Floride, ce train
privé a déjà transporté à son bord
d’autres présidents des Etats-Unis : Jimmy
Carter en 1976, George H.W. Bush pour
sa campagne de 1992 ou Bill Clinton en
1996. Le candidat John F. Kerry l’utilisa
lui aussi ainsi que le sénateur John Edwards.
Tous se sont à un moment ou à
un autre de leur périple postés sur la
plate-forme arrière de la voiture Pullman
construite en 1930. Tous ont été photographiés
saluant la foule amassée à
chaque arrêt. D’ailleurs, jusque dans les
années 1950, le voyage en train fut un
classique des campagnes électorales et
des voyages présidentiels à travers le
pays. Mais celui effectué par Barack
Obama marquera sans nul doute plusieurs
générations d’Américains. Le nouveau
président des Etats-Unis voulait
rendre hommage à Abraham Lincoln, au
voyage qu’il effectua en 1861, peu avant
sa prise de fonctions. Originaire de l’Illinois,
tout comme Barack Obama, Abraham
Lincoln a dirigé les Etats-Unis pendant
la guerre de sécession et aboli l’esclavage.
Son voyage en train de 1861 l’avait également conduit à Washington
via Philadelphie (Pennsylvanie), Wilmington
(Delaware) et Baltimore (Maryland)
alors que le pays traversait une
crise nationale. Plusieurs Etats esclavagistes
avaient fait sécession et la Guerre
civile n’allait pas tarder à éclater. Son
périple avait duré douze jours pour couvrir
les 220 km au cours desquels Lincoln
prononça une centaine de discours
et commença à mobiliser les forces de
l’Union pour empêcher la sécession des
Etats du Sud.
Barack Obama a lui aussi la certitude que
les Etats-Unis traversent un moment difficile.
Avant de prendre place à bord du
train, il s’est dit conscient de l’arrivée de
« jours difficiles qui vont nécessiter beaucoup
de travail ». Son voyage a également
été ponctué d’étapes et de discours devant
des foules qui avaient bravé le froid
glacial qui régnait alors. A Philadelphie, il
a promis d’apporter au pays « une nouvelle
Déclaration d’Indépendance », en référence
à celle de 1776. Dans le Delaware,
le vice-président Joe Biden et sa famille
sont montés à bord. A Baltimore, le président
élu a déclaré « laissez-nous chercher
ensemble une vie meilleure pour notre
époque ». A Wilmington, il a rappelé les
mérites du Fort McHenry qui repoussa la
marine britannique en 1812 et inspira
deux ans plus tard les paroles de l’hymne
américain : « Nous sommes ici aujourd’hui
non seulement pour rendre hommage
aux patriotes qui ont fondé notre nation,
à Philadelphie ou à Baltimore, mais
pour défendre la cause pour laquelle ils
ont donné beaucoup ». Il a également rappelé
qu’il souhaitant mettre fin aux deux
guerres d’Irak et d’Afghanistan « de manière
responsable et avec sagesse ». Georgia
300 a également marqué une halte à
Claymont, dans le Delaware, et à Edgewood,
dans le Maryland, afin que d’autres
personnes puissent apercevoir le futur
président. Enfin, le 18 janvier, Barack
Obama est arrivé à Washington pour lancer
les festivités précédant son investiture
en ayant choisi de prononcer son serment
de 44e président des Etats-Unis la main
posée sur la Bible qu’Abraham Lincoln
utilisa lors de sa prise de fonction. La
boucle était bouclée.
(suite dans le magazine)